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C'était la fin de la saison. Notre dernière occasion de
vivre les émotions de la chasse à la bécasse. La
Bretagne avait été sous de tels déluges de pluie
en janvier et février, que toutes les rivières débordaient,
faisant la "Une" des informations. Sur la route en venant, les
prairies et les champs du Maine et Loire n'étaient plus que des
lacs. Aucun problème pour nous, le massif forestier où nous
chassions était sur un plateau. Le temps était radieux sous
un soleil froid de février. |
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Ayant suivi des yeux le vol des deux bécasses
au travers de la plaine fraîchement déboisées, je
vois la première se poser au milieu de la grande coupe, et la seconde
en bordure, au pied de deux pins caractèristiques, qui, à
moitié déracinés par l vent, ressemblent à
des cocotiers au bord d'un lagon de carte postale. Jacques décide
de traverser la coupe, dans laquelle nous ne chassons jamais, alors que
je préfère longer la bordure pour gagner mes deux pins penchés..
Qui sait? Je pourrais toujours en chemin lever une autre bécasse
? |
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| La plaine déboisée l'année précédente
est un parcours du combattant. Les tracteurs y ont creusé des ornières
profondes, pleines d'eau et les souches, sous les fougères, brisées
par le gel, sont autant d'obstacles traitreux qui me font trébucher,
à chaque pas. Jacques, que je rejoins enfin, est très excité. "Tu n'imagines pas, me dit il, Il y a des bécassines et des bécassines sourdes partout. Regarde "Jasper" est encore à l'arrêt" Figé dans une posture inconfortable, la truffe tournée vers une flaque, le pointer frémit à peine. Mon très jeune labrador lui tourne autour mais ne sent rien. Jacques avance, passe devant le chien, piètine les bords du sillon, jusqu'à ce qu'une boule de plume jaillisse de nulle part. La "sourde" me charge, me passe sur l'épaule, tourne derrière mon dos, repassant près de Jacques, volant comme un papillon énivré de soleil. Nous la ratons tous les deux en riant. Quelques pas plus loin, c'est une bécassine qui fuse vers le ciel et crochette, mais je la fauche en plein vol. |
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| C'est la seule journée de chasse dont j'ai gardé
souvenir, où "Plume", mon labrador, n'a pas été
à la hauteur. Bien sûr, il rapportait tous nos oiseaux.. mais
il s'est montré incapable d'arrêter la moindre sourde, ni même
de la lever lorsque Jasper était à l'arrêt. A dix huit
mois, il était trop jeune et inexpérimenté sans doute,
car il est devenu imbattable depuis à ce jeu-là. Quoiqu'il
en soit, il y avait ce jour-là, des dizaines de bécassines
et encore plus de sourdes sur la plaine. Celles que nous rations, allaient
se remiser à l'autre bout de la coupe qui couvrait près de
300 hectares. A force de férrailler, j'étais très court en cartouches. Il ne m'en restait que 3, quand je décroche une bécassine à mon deuxième coup. Elle tombe à près de 70m sur une souche que je ne lache pas des yeux. |
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Et précédé de Plume, plus à l'aise que moi
dans ces sillons traitreux, je cours tant bien que mal vers ma souche.
J'en suis encore à une trentaine de mètres, lorque "Plume"
atteint l'endroit de la chute. |
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C'était ma dernière cartouche. La matinée s'achevait
en beauté. |
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