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Le pire n'est jamais
sûr !
Une heure à attendre avant l'heure
officielle de l'ouverture. Bon Dieu que c'est long!
Je grignote mes rares sandwiches pour passer le temps mais en moins
de cinq minutes, mon sac est vide. Je grille une cigarette avant
de me poster sur le toit de la voiture pour "voir voler"
sur la mer de roseaux qui s'étale devant moi.
" Tiens!! un vol de 8 bécassines."
Un coup de flotte.. Une nouvelle cigarette. Je redescends de mon
perchoir pour écouter un peu la radio. L'aiguille des minutes
se traine interminablement. Je grignote mes barres vitaminées,
ultimes réserves prévues pour la fin d'apres-midi.
Tant pis!
Evidemment je suis en tenue 20 minutes avant l'heure, le fusil monté,
vérrifié plutôt dix fois qu'une, posé
sur le capot à côté des deux premières
cartouches.
Plus que CINQ minutes !
En me retournant, je vois un piéton marchant gaillardement
sur mes brisées et s'apprêtant à pénétrer
sur le chemin que je garde depuis une heure.
L'intrus est en tenue de camouflage, genre Rambo au Pays des Zoulous...
fusil automatique en bandouillère canon vers le sol,(genre
retour de patrouille dans la jungle), son clébard folâtrant
à 30 m devant lui, dans ce chemin innondé qui doit
être un paradis pour bécassines.
"Ce foutu kleps va tout faire voler!!"
_"Vous n'allez pas gabionner ici ?" lui demandais je effondré
autant qu'ulcéré.
_ "Si, je suis le propriètaire" me dit il sans même
ralentir le pas.
Mon univers s'écroule. Vite je remonte en voiture et fonce
jusqu'au gabion précédent. Ouf ! Personne!
Déjà la plaine de roseaux retentit de sonores coups
de fusil. Je descends de voiture, lâche mon chien et entame
le tour de ce gabion sans grand espoir, tant il est envahi de roseaux.
Rien! Enfin si ... un moineau m'a surpris en s'envolant au nez de
mon chien. Mon fusil est monté de lui même à
l'épaule et la crosse m'a violemment heurté la machoire.
J'identifie l'oiseau à temps et désarme mon bras en
frottant ma joue endolorie.
Je reviens à la voiture, et à toute allure, fonce
vers le gabion d'avant, celui qui était aux trois quart sec.
Redescendant de voiture, je m'approche des flaques que cachent des
touffes de roseaux. Mon labrador semble l'arrêt, mais je
ne lui fais pas confiance en ce début de saison. J'avance
donc au pas de charge.
Un puis, dans le soleil, j'aperçois deux éclairs blancs.
Deux bécassines s'envolent du coin des roseaux à 10
mètres. J'épaule et défouraille. Pan!! et pan
dans le tas !
Un vrai gamin le jour de sa première ouverture. Elles étaient
inratables... sûrement !???
Sauf qu'elles ont tourné derrière les roseaux un dixième
de seconde trop tôt. J'étais trop haut ou peut être
bien trop bas ? Je suis furax.
Pendant ce temps, cela pétarade sur toute la plaine. Pas
la guerre ... non, mais chaque détonation me fait mal. Je
reprends mon tour de gabion. De très loin deux puis trois
bécassines s'envolent, que je ne salue mme pas tant la distance
est grande.
Ayant fini mon tour, je me retrouve nez à nez avec un autre
bécassinier. A quoi bon ? Bon Prince, je lui indique le gabion
où mes oiselles se sont réfugiées et lui cède
la place.
Une once de plaisir
Reprenant la voiture, je quitte "l'appontement"
et prend la digue vers l'écluse de Tancarville à quelques
kilomètres de là. Le premier gabion en bordure du
chemin semble parfait, mare pleine et bordure fauchée...
mais hélas, en m'arrêtant, je vois qu'un chasseur m'a
précédé et achève d'en faire le tour
avec son pointer. Idem, au gabion suivant. Quelques centaines de
mètres plus loin, un renfoncement sur la gauche permet de
se garer et de faire à pied les 3 gabions de la balise jaune.
Hélas,trois fois hélas!! quatre voitures occupent
déjà la place. Je continue mon chemin de croix totalement
désabusé, et avale sans ralentir un nouveau kilomètre,
pour ne m'arrêter qu'à la balise rouge. Pas de voiture
alentours. Miracle!!. Enfilant le sentier menant à ce gabion
mythique où la chance m'a si souvent souri, je découvre
un paysage inconnu. Le blanc déborde très largement
sur des platières qui n'ont pas encore été
fauchées. Le propriétaire, très créatif,
change ses platières chaque saison, poussant la passion jusqu'à
passer la charrue sur certaines d'entre elles. Mais là ??
rien!!! La jachère.. la jungle! J'explore son territoire
encore vierge et qui même ainsi semble propice à accueillir
des bécassines.
Un mouvement dans le ciel ?.. je lève la tête pour
voir une bécassine qui fuit sur ma droite, venant de derrière.
J'épaule mais sans conviction,
"elle est trop loin!", me dis-je.." ne tire pas!
tu vas la perdre!". Me tance ma conscience.
Je tire une cartouche
mais sans la volonté nécessaire. L'oiseau continue
son chemin, je ne le double même pas.. mais le regrette aussitôt.
Finalement, elle n'était pas si loin. Mon labrador, très
excité par le coup de fusil, est revenu en arrière...
et travaille la platière de droite que nous avons délaissée.
Arrêt ! Je suis prêt. Mais déjà, il avance
très excité et me regardant me montre l'endroit d'où
la bécassine s'est envolée. Alors oui ! Elle était
à portée ! Elle a du me survoler à 8 ou 10
mètres seulement... Il serait temps que je reprenne mes cotes
! J'explore deux nouveaux gabions, jouissant du bonheur enfantin
de patauger dans les mares. Le soleil est radieux et mon coeur aussi.
Je me sens libre et léger. "Porte-Plume" traque devant moi
et ne semble même pas regretter de n'avoir rien à se
mettre sous le nez. Même les moustiques semblent ailleurs.
Quelques détonations en amont ou en aval trouent le silence
de temps à autres.. je verrais encore de très loin
deux bécassines fuyant à tire d'aile à l'approche
d'un autre chasseur. Elles traversent la Seine vers le Calvados
voisin. Rien d'autre.
Revenant vers la voiture, je vois qu'il fait 28° à l'ombre
et qu'il est deux heures à la pendule du tableau de bord.
Cette première sortie m'a donné tout ce qu'elle pouvait
m'apporter: Un avant-gout des joies de la rentrée et l'apaisement
nécessaire des regrets que j'aurais eus si je n'étais
pas venu.
Comme le dit le dicton, "en amour, le meilleur est souvent
de monter l'escalier"...
Mais là, outre mes allers-retours dans l'escalier de la cave,
ma jubilation intèrieure pendant les préparatifs de
cette première sortie et mes rêves sur la route, j'ai
vu un peu "voler", senti le vent du large et respiré
le marais ...
Vivement les grandes marées de septembre et l'attente fébrile
des premiers vents d'est.
Allez ! Prenons notre mal en patience ! Il n'y a plus que 3 semaines
de vacances à tirer.
Dieu que cela va me paraitre long ! 
Cyrille
Jubert Aout 2004
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