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Chaque espoir qui s'envole vous coupe un
peu les ailes et très vite, vos pieds n'en peuvent mais de
marcher.
Remontant en voiture après un long périple, j'allais
tenter ma chance en amont dans un petit coin, dont j'ai le secret.
Mes belles oiselles y avaient jusqu'alors toujours été
fidèles à nos rendez-vous. Peine perdue, la place
était vide. D'autres Chevaliers du Graal, croisés
sur mon chemin, avaient, comme Don Quichotte, une bien triste figure.
Je décidais alors de partir en aval, à l'autre bout
du "pays"... un petit paradis, que je me suis trouvé au hasard
de quelque quête . Le soleil faisait fumer les prairies aux
herbes étincelantes de rosée. Mon chien gambadait
laissant des traces plus vertes dans les prés comme givrés.
Quand le premier fumet lui est venu au nez, queue tendue, truffe
en émoi, Il n'a pas eu besoin de me le dire, Il fallait que
je me tienne prêt. La sourde avait piété et
rusait devant "Plume". Mais, truffe au sol, dans un petit galop
ramassé sur lui même, il dénouait l'écheveau.
Jusqu'à ce qu'au bout de son impalpable fil d'Ariane, fuse
soudain un Žclair blanc.
Ce fut alors la fête... tous les deux, travaillant carré
par carré, platière par platière, nous avons
fait voler et voler encore ces merveilleuses petites boules de plume,
qu'on appelle ici des rebecs et là des bécots. J'ai,
ˆ vrai dire, assez mal tirŽ et "Plume", quand je manquais
me fustigeais du regard... Néanmoins, à 3 heures,
ayant atteint le tableau maximum autorisé, rassasié
de visions magnifiques, repu des plaisirs de la quête et des
joies de l'envol, mort de fatigue, de soif et de faim, j'ai déposé
les armes.
Et dans la prairie déserte, presque nu , bras étendus
comme un cormoran sur son rocher, je me suis fait sêcher au
soleil d'automne, avant de repartir vers d'autres cieux, pour reprendre
mes pinceaux et peindre d'autres tableaux.
Cyrille Jubert Octobre 2002
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